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1 mars 2015 à 18:14 L''''école théologique d'Antioche''' fut une des grandes écoles [[Théologie|théologiques]] des premiers siècles du [[Introduction au Christianisme Orthodoxe|christianisme]]. Sa méthode théologique était historico-littérale. Elle s'opposa à l'[[école théologique d'Alexandrie]] qui prônait une méthode allégorique.
Dans le débat [[Christologie|christologique]] des IV<sup>e</sup> et V<sup>e</sup> siècles, l'école d'Antioche s'attacha à souligner la dualité des natures, divine et humaine, dans le Christ. Considérée de tendance [[nestorianisme|nestorienne]], l'école perdit de son importance après le [[concile de Chalcédoine]] en 451.
== Histoire ==
La première école chrétienne dont l'existence à [[Antioche]] est connue fut celle de [[Lucien d'Antioche]], né à Samosate vers 235, mort martyr à Nicomédie en 312, après neuf ans d'emprisonnement. Mais rien de certain n'est connu sur son enseignement. Il est seulement probable que sa théologie était [[Subordinatianisme|subordinatianiste]], et qu'il n'a été canonisé qu'en raison de son [[martyre]].
[[Eustathe d'Antioche|Eustathe]], évêque d'Antioche, mort en 338, adversaire de l'[[arianisme]], a laissé un traité d'exégèse où il combat la méthode d'[[Origène]] appliquée à l'épisode de la [[sorcière d'Endor]], et l'abus des interprétations allégoriques chez cet auteur.
[[Théodore d'Héraclée]] (mort en 355) utilisa une méthode historique pour commenter les [[Évangiles]] et les [[épître]]s de [[Paul de Tarse|saint Paul]]. [[Eusèbe d'Émèse]] (né à Édesse vers 295, mort à Antioche vers 359), homme d'étude, de tendance semi-[[arianisme|arienne]], enseigna entre autres à Antioche et fut un des maîtres de [[Diodore de Tarse]].
[[Diodore de Tarse]] (v. 330- v. 393) est souvent appelé le fondateur de la « seconde » école d'Antioche, après celle de Lucien d'Antioche et de ses disciples les « lucianistes ». Partisan de l'évêque anti-arien [[Mélèce Ier d'Antioche|Mélèce]], il fonda près de la ville une école catéchétique dans les années 360, fut exilé en Arménie par l'empereur [[Valens]] en 372 et y devint l'ami de [[Basile de Césarée]], puis fut nommé évêque de Tarse à la mort de Valens en 378. Il ne reste de ses écrits que des fragments, et donc son enseignement est très mal connu. On sait qu'il fut condamné comme inspirateur de l'[[hérésie]] [[nestorianisme|nestorienne]] par un [[synode]] à [[Constantinople]] en 499, et qu'il enseignait aussi l'[[apocatastase]] universelle. Ses deux plus célèbres disciples furent [[Jean Chrysostome]] (né à Antioche en 349, mort en 407) et [[Théodore de Mopsueste]] (né à Antioche en 352, mort en 428).
Jean Chrysostome suivit les leçons de [[Diodore de Tarse]] à partir de 367 ; devenu prédicateur dans les années 380, il fut élu [[patriarche de Constantinople]] en 397. Mais le grand représentant de l'école théologique d'Antioche, celui qu'on identifie à elle, est Théodore de Mopsueste : converti à la vie religieuse par son ami Jean Chrysostome, il devint le plus fidèle disciple de Diodore de Tarse, et fut à son instigation nommé évêque de [[Mopsueste]] en [[Cilicie]] en 392. Écrivain prodigieusement fécond, il fut condamné comme [[hérésie|hérétique]] après sa mort par l'Église romano-byzantine, ce qui a beaucoup nui à la transmission de son œuvre, dont ne subsiste qu'une petite partie. Considéré comme le principal inspirateur de la christologie nestorienne, il avait en outre sur la question du péché des positions proches du [[pélagianisme]], et il enseignait l'apocatastase universelle. Il avait un frère, Polychronius, évêque d'[[Apamée]], qui est aussi compté dans l'école.
À cette école d'Antioche il faut rattacher [[Nestorius]] (381-451), qui fut élève de Théodore de Mopsueste à Antioche, et d'autres disciples du maître : [[Ibas d'Édesse]] (v. 380-457) et [[Théodoret de Cyr]] (v. 394-v. 460). Cette école tomba dans le discrédit après le [[concile d'Éphèse]] de 431, qui vit le triomphe des vues opposées de [[Cyrille d'Alexandrie]]. Dans le siècle suivant (jusqu'au [[deuxième concile de Constantinople]] de 553), on vit condamner Nestorius pour hérésie, Théodore de Mopsueste, [[Ibas d'Édesse]], Théodoret de Cyr et même, dans des [[synode]]s locaux, Diodore de Tarse. L'enseignement de Théodore de Mopsueste fut préservé et continué dans l'[[école théologique d'Édesse|école d'Édesse]] jusqu'à sa fermeture en 489, et ensuite dans l'[[école théologique de Nisibe|école de Nisibe]].
== La méthode historico-littérale ==
Les théologiens de l'école d'Antioche, [[Théodore de Mopsueste]] en premier lieu, accordaient la plus grande importance à l'exégèse minutieuse des textes bibliques, pour laquelle ils se sont efforcés de dégager une méthode rigoureuse, appuyée sur les règles de la grammaire et de la critique littéraire. Cette méthode requérait une solide formation intellectuelle, l'étude notamment de l'[[Organon]] d'[[Aristote]], et de bonnes connaissances dans toutes les disciplines (histoire, géographie, etc.) pour élucider toutes les allusions des textes. Les Antiochiens n'admettaient en principe que l'interprétation littérale et historique des textes, rejetant tout « sens allégorique », « sens spirituel », « sens caché », etc., dont usait et abusait l'[[école théologique d'Alexandrie|école d'Alexandrie]] depuis [[Origène]]. Ils ne pensaient pas que tous les textes étaient également inspirés et ils leur accordaient une autorité variable : l'Écriture, certes, était globalement inspirée par Dieu, mais écrite par des hommes dans des contextes historiques particuliers et selon les lois de l'esprit humain. Ainsi, [[Théodore de Mopsueste]] excluait le [[Cantique des Cantiques]] du [[Canon (Bible)|Canon]], l'interprétant littéralement et n'y voyant qu'un chant nuptial. De même il pensait que l'auteur du [[Livre de Job]] était un [[paganisme|païen]] et il le blâma pour ses erreurs.
L'insistance des Antiochiens sur le sens historique des textes ne les empêchait pas d'affirmer aussi l'existence de ce qu'ils appelaient le « sens typique » et qu'ils opposaient nettement à l'« allégorie » des Alexandrins : ainsi, les [[prophétie]]s de l'[[Ancien Testament]] se rapportent à des situations historiques précises, que l'exégète doit restituer ; mais en même temps leur inspiration générale annonce le Christ ; l'esclavage en [[Égypte]] est un événement réel, à replacer dans son contexte, mais il symbolise l'esclavage du péché, etc.
Cette interprétation principalement historique et littérale des textes de l'[[Ancien Testament]] conduisit les théologiens antiochiens à être souvent accusés par leurs adversaires de « judaïser ».
=== La cosmologie ===
Mais cette approche littéraliste des textes bibliques amena aussi les théologiens d'Antioche à soutenir une cosmologie étrangère aux acquis de la science grecque : [[Diodore de Tarse]], [[Théodore de Mopsueste]] et [[Théodoret de Cyr]], notamment, soutinrent que la Terre était plate et que l'[[Arche d'alliance]] était l'image de l'univers (cf. ce passage du ''Contre le destin'' de [[Diodore de Tarse|Diodore]] cité par [[Photius]] : « Il y a deux cieux, l'un visible, l'autre invisible et placé au-dessus : le ciel supérieur fait en quelque sorte office de toit par rapport au monde, comme l'inférieur par rapport à la Terre »). Cette conception non scientifique se maintint ensuite dans l'Église [[nestorianisme|nestorienne]] et se trouve exprimée au VI<sup>e</sup> siècle dans la ''Topographie chrétienne'' de [[Cosmas Indicopleustès]].
== Voir aussi ==
=== Articles connexes ===
* [[Diodore de Tarse]]
* [[Jean Chrysostome]]
* [[Théodore de Mopsueste]]
* [[Nestorius]]
* [[École théologique d'Alexandrie]]
* [[École théologique d'Édesse]]
* [[École théologique de Nisibe]]
[[Catégorie:Histoire de l'Église]]
[[Catégorie:Christologie]]
[[Catégorie:Écoles de théologie]]
[[ro:Școala din Antiohia]]